Avant d’être une créature redoutée des profondeurs forestières, le Chêne Mou n’était qu’un arbre parmi d’autres, immobile et silencieux, enraciné au bord d’une rivière oubliée. Son destin bascule le jour où une jeune disciple Sadida nommée Feuille manque de se noyer sous ses branches. Les arbres magiques de la forêt assistent impuissants à la scène. Aucun n’ose bouger, car se déraciner signifie condamner sa propre existence. Pourtant, l’un d’eux fait l’impensable. Dans un craquement douloureux, il arrache ses racines du sol et traverse la rivière pour sauver l’enfant avant de la déposer discrètement sur la berge.
Lorsque les parents de Feuille arrivent, il a déjà disparu. Mais ce geste héroïque a un prix. Privé de ses racines, l’arbre commence lentement à dépérir. Incapable de retrouver sa place parmi les siens, il erre jusqu’à découvrir une grotte humide alimentée par un lac souterrain. Là, dans l’obscurité, il survit tant bien que mal, loin du monde. C’est dans cette grotte que Feuille le retrouve quelque temps plus tard. Selon la tradition de son peuple, la jeune Sadida devait choisir un arbre à protéger et auquel consacrer ses soins. Touchée par cette étrange créature solitaire qui refuse de quitter son refuge, elle décide de le baptiser “le Chêne Mou”, amusée par son tempérament timide et sa nature pacifique.
Jour après jour, une tendre complicité naît entre eux. Feuille vient lui parler de ses rêves, de son village, du monde extérieur. Elle finit même par lui offrir une petite poupée protectrice contenant un rubis fertile, une pierre sacrée liée à Silvosse. Pour la première fois de sa vie, le Chêne Mou ne se sent plus seul. Mais le temps passe. Feuille grandit, découvre l’amour et tombe sous le charme d’un Sacrieur nommé Enias. Peu à peu, ses visites se font plus rares, jusqu’à cesser complètement. Le Chêne Mou attend. Des jours… puis des semaines. Finalement, incapable de supporter davantage cette absence, il quitte sa grotte pour rejoindre discrètement le village.
Caché derrière les arbres, il aperçoit Feuille et Enias enlacés l’un contre l’autre. Sans un mot, il comprend qu’il n’a plus sa place auprès d’elle. Il repart alors dans la forêt, le cœur lourd. C’est durant ce retour qu’un Sram surgit et l’attaque pour s’emparer de sa poupée protectrice. Dans l’affrontement, celle-ci se déchire, révélant le rubis fertile caché à l’intérieur. Après avoir vaincu son assaillant, le Chêne Mou incruste instinctivement la pierre dans son propre front. Le rubis amplifie immédiatement sa puissance… mais aussi sa douleur. La solitude devient rancœur. La tristesse se change peu à peu en colère.
Lorsque Feuille tente finalement de revenir vers lui, le Chêne Mou la rejette brutalement. Puis, rongé par le remords, il décide malgré tout de rejoindre le village pour la revoir une dernière fois. Mais sa nouvelle apparence inspire désormais la peur. Les habitants paniquent à sa vue. Au milieu du chaos, Enias attaque l’être végétal par derrière. Cette trahison suffit à faire exploser toute la souffrance accumulée en lui. Le Chêne Mou laisse alors éclater sa rage. Le village est ravagé. Les habitants disparaissent un à un dans la forêt, transformés en Abraknydes au service de leur nouveau maître. Même Enias subit ce terrible destin.
Dès lors, la forêt devient un lieu maudit. Les voyageurs parlent d’arbres qui marchent dans la nuit, de silhouettes végétales observant les intrus entre les branches, et d’une immense créature solitaire régnant sur les bois comme un roi oublié. Pourtant, malgré l’horreur des événements, Feuille refuse d’abandonner celui qu’elle considérait autrefois comme son ami. Accompagnée de plusieurs alliés, elle retourne dans la forêt pour tenter de sauver le Chêne Mou de lui-même. Mais le groupe est rapidement capturé par les Abraknydes. C’est alors qu’ils découvrent la vérité, ces monstres sont en réalité les anciens habitants du village transformés par la magie du Chêne Mou.
Alors que tout semble perdu, Silvosse apparaît enfin devant l’être végétal. Plutôt que de le condamner, le protecteur lui apprend à apaiser sa souffrance et à renouer avec la nature qu’il avait lui-même corrompue. Peu à peu, la colère du Chêne Mou s’éteint. L’ancienne créature tragique devient alors le véritable gardien de la forêt, veillant désormais sur les bois qu’il terrorisait autrefois.